Ferdinand et Hélène
En 1887, Hélène Petit, plumassière dans le quartier du Sentier à Paris, devenue artiste de café-concert, rencontre Ferdinand Moncorgé, artiste de variétés très apprécié à l’époque et connu sous le nom de « Gabin ».
C’est le coup de foudre. Ensemble, ils se produisent dans les cafés-concerts des quatre coins de France.
En 1901, Ferdinand achète une maison à Mériel et s'y installe avec Hélène et leurs trois enfants, Bébé, Madeleine et Reine.
Mériel est alors un petit bourg rural de l’Oise, proche de L’Isle-Adam. La maison familiale se trouve juste à côté de la gare, ce qui permet à Ferdinand de rejoindre facilement Paris pour y jouer au théâtre.
Hélène quant à elle s’occupe des enfants et doit tristement renoncer à sa carrière d’artiste.
L'enfant du pays
Le 17 mai 1904 naît Jean Alexis Gabin Moncorgé. Non pas à Mériel car sa mère le met au monde chez une sage-femme de Montmartre, au 23 boulevard Rochechouart. Hélène regagne cependant Mériel le soir même, son nouveau-né sous le bras.
Quand Ferdinand vient déclarer l’enfant à l’état civil, l’employé relève la tête à l’énoncé du prénom peu usité à l’époque.
- « Comment dites-vous ? demande-t-il
- Gabin ! répète Ferdinand. G‑A‑B‑I‑N. »
Un trait de malice de mon père que de m’avoir donné en troisième prénom son nom de théâtre
Jean et Madeleine
Madeleine, la sœur aînée, a quatorze ans à la naissance de Jean. Elle seconde beaucoup Hélène et adore s’occuper du petit dernier.
Très douée pour les arts, elle écrit des poèmes et peint avec beaucoup de talent. C’est aussi une remarquable musicienne.
En 1909, elle épouse le champion de boxe Jean Poësy.
C’est auprès d’eux que Jean ira chercher plus tard aide et réconfort « quand ça gueule trop fort à la maison ».
Jean Poësy sera pour Jean un modèle et un ami très cher.
Malgré ses talents, Madeleine ne fera pas de carrière artistique. Elle restera vivre une vie de bohème dans la maison familiale de Mériel, au milieu de ses chats et de ses poules, jusqu'à sa mort en 1971.
Madeleine a été pour moi une sœur formidable, véritablement ma seconde mère
Le goût de la nature
Jean grandit. Le petit garçon connaît les rives de l’Oise, les champs et les bois comme sa poche. Mériel est son paradis, son terrain de jeux et de découvertes. C’est là que se forme sa personnalité et qu’il prend goût aux choses de la nature ; une passion qui ne le quittera jamais.
Il rêve de posséder un jour sa terre à lui et ce rêve-là deviendra plus tard réalité lorsque ses gains au cinéma lui permettront de devenir propriétaire et éleveur.
Pas très loin de chez moi, il y avait le bac qui traversait l’Oise
Ah ! l'école !
C’est tout près de la maison, à l’école-mairie de Mériel que Jean va en classe. Mais il déteste l’école et ne voit pas la nécessité d’y être enfermé.
Quand la guerre se rapproche, la famille se réfugie à Paris où Jean obtient tout de même son certificat d’études en 1916.
Hélène, la mère de Jean, décède en septembre 1918. Deux mois plus tard, Jean entre comme interne au Lycée Janson-de-Sailly, contre son gré. Il s’en éclipsera quelques mois plus tard.
Est-ce que c'est possible de l'avoir détestée autant que moi !
Débuts hésitants
Jean répètera toute sa vie « Nul ne sait ni le jour ni l’heure », d’après l’épitaphe sur la croix du Marquis de Montebello, là-même où il tomba foudroyé à Mériel en 1912.
Mais en 1922, à 18 ans, l'heure est venue pour lui de dire adieu à Mériel.
Son père, las de le voir exercer de petits métiers d'ouvrier, le pousse sur les planches des Folies-Bergères ; ce qui fera dire à Jean par la suite : « Je suis entré dans le métier à grands coups de pompe dans le train ».
Six ans plus tard, Mistinguett lancera sa carrière.
En 1930, il fera sa première apparition au cinéma dans « Chacun sa chance ».
Nul ne sait ni le jour ni l'heure
Retour à Mériel
Devenu vedette de cinéma, Jean revient à Mériel rendre visite à Madeleine et Jean Poësy. Il y vient aussi voir quelques vieux copains comme le champion cycliste André Leducq qui tient le café du village.
C’est aussi à sa première épouse, Gaby Basset, que Jean fera découvrir Mériel en prenant dans sa main une poignée de terre : « Sens comme ça sent bon, la terre de Mériel ».
Pourtant, petit à petit, Jean semble délaisser Mériel et Mériel, de son côté, commence à l'oublier.
Naissance du musée
En 1987, paraît la biographie monumentale écrite par André Brunelin : "Gabin". Les confidences de l'acteur à son biographe et ami révèlent à quel point Mériel est resté profondément ancré dans sa mémoire et a influencé sa personnalité.
C'est ainsi qu'à l'initiative de sa famille, de ses proches dont André Brunelin, Jacques Bar et Gilles Grangier, et de la municipalité de Mériel, le Musée Jean Gabin et la Place Jean Gabin sont inaugurés le 26 septembre 1992.
Après quelques travaux de réfection, le musée Jean Gabin a rouvert ses portes en septembre 2025.








